L’approche ostéopathique du système nerveux autonome selon Nicette Sergueef
Dernière mise à jour : 24 août

Le système nerveux autonome participe silencieusement à chaque instant de notre vie. Il adapte le rythme cardiaque, la respiration, la digestion, la température, la vigilance et la récupération sans que nous ayons à y penser. Lorsqu’une personne traverse une période de douleur, de fatigue ou de stress prolongé, ces fonctions continuent de s’ajuster pour lui permettre de tenir.
En ostéopathie, nous nous intéressons à la manière dont cette adaptation s’exprime dans l’ensemble du corps. L’approche enseignée par Nicette Sergueef offre une lecture particulièrement fine de ces relations. Boina Mzé s’est formé à cette approche en 2025 et l’intègre aujourd’hui à sa pratique à La Maison de l’Ostéopathie de Meximieux.
Le système nerveux autonome : s’adapter plutôt que basculer
On présente souvent le système sympathique comme l’accélérateur et le parasympathique comme le frein. Cette image est utile, mais trop simple. Les deux branches coopèrent en permanence. Elles ajustent nos fonctions selon que nous travaillons, mangeons, faisons un effort, dormons, avons froid, ressentons une douleur ou faisons face à un imprévu.
Le problème n’est donc pas d’être parfois en état d’alerte. C’est une capacité indispensable. Les difficultés apparaissent plutôt lorsque l’organisme récupère mal, que les sollicitations s’accumulent ou que certains symptômes s’installent : tensions persistantes, respiration courte, sommeil peu réparateur, inconfort digestif, douleurs diffuses ou sensation de rester constamment « sur le qui-vive ».
Ces manifestations ne prouvent pas un « dérèglement » du système nerveux autonome et peuvent avoir de nombreuses causes. Elles nous renseignent néanmoins sur la manière dont la personne traverse sa situation et sur les ressources qu’elle parvient — ou non — à mobiliser.
La vision ostéopathique proposée par Nicette Sergueef
Dans cette approche, le système nerveux autonome n’est pas considéré comme un mécanisme séparé du reste du corps. Ses voies cheminent au contact du crâne, de la colonne vertébrale, du thorax, du diaphragme et des organes. La respiration, la mobilité, la circulation et l’état des tissus participent au contexte dans lequel le système nerveux reçoit et organise les informations.
Le concept ostéopathique cherche les relations entre ces différents éléments. Une cage thoracique peu mobile, un diaphragme difficile à engager, une région cervicale tendue ou une zone viscérale sensible ne permettent pas de mesurer directement l’activité sympathique ou parasympathique. Ils constituent des observations cliniques que nous mettons en relation avec l’histoire du patient, ses symptômes et sa capacité à récupérer.
Cette nuance est importante : nous ne prétendons pas lire le système nerveux autonome du bout des doigts. Nous utilisons la palpation pour apprécier la qualité, la mobilité et la sensibilité des tissus, formuler des hypothèses ostéopathiques, puis vérifier si leur traitement produit un changement utile.
L’écoute tissulaire : un dialogue avec le corps
L’écoute tissulaire occupe une place centrale dans l’enseignement de Nicette Sergueef. Par un contact attentif, l’ostéopathe perçoit comment une région accepte la pression, accompagne un mouvement ou au contraire résiste et se protège. Il observe aussi la respiration, la posture, la coloration de la peau, la transpiration, les appuis et la manière dont le patient réagit au toucher.
Ces informations n’établissent pas un diagnostic médical. Elles donnent accès à la façon dont le corps s’organise à cet instant. Une tension n’est pas automatiquement une lésion ; elle peut être une adaptation utile, ancienne ou momentanément coûteuse. Le rôle du praticien est de décider si cette adaptation doit être respectée, accompagnée ou doucement sollicitée.
Cette qualité d’écoute transforme également la relation thérapeutique. Certains patients arrivent avec un corps qui tolère difficilement les sollicitations. Aller plus fort n’apporterait pas nécessairement davantage. Une technique très légère, appliquée au bon endroit et au bon rythme, peut parfois provoquer un relâchement plus profond qu’une intervention directe.
Comment se déroule une consultation ?
Comprendre le terrain du patient
Nous commençons par écouter le motif, mais aussi son contexte : sommeil, digestion, respiration, douleurs, événements récents, charge physique ou émotionnelle et rythme quotidien. Nous cherchons ce qui aggrave, ce qui apaise et ce que le patient ne parvient plus à faire comme auparavant.
Examiner les relations
L’examen peut concerner le crâne, les premières cervicales, la colonne, les côtes, le sternum, le diaphragme, le bassin et les régions viscérales. Il ne s’agit pas d’appliquer mécaniquement une carte des nerfs à chaque personne, mais d’identifier les zones qui paraissent participer à son organisation et de choisir un repère concret à retester : amplitude respiratoire, mouvement douloureux, confort en position allongée ou sensation de tension.
Choisir une intervention adaptée
Selon l’examen, nous pouvons utiliser des techniques articulaires, myofasciales, crâniennes, viscérales ou respiratoires. Le travail crânien peut notamment s’intéresser aux régions traversées par des structures neurovasculaires ; le travail thoracique et diaphragmatique accompagne la respiration ; l’approche viscérale explore la mobilité des tissus entourant les organes. Ces techniques ne « stimulent » pas mécaniquement un nerf à la manière d’un dispositif médical. Elles créent une information manuelle à laquelle le corps peut répondre.
Après l’intervention, nous revenons au repère choisi. Une respiration plus ample, un mouvement plus facile, une douleur diminuée ou une sensation corporelle différente nous indiquent que l’hypothèse était pertinente. Sans changement convaincant, nous adaptons notre lecture au lieu de répéter automatiquement la même technique.
Ce que nous observons au cabinet
Dans notre pratique, de nombreux patients décrivent après la séance un calme corporel inhabituel, une respiration plus libre, une diminution des tensions ou la sensation de pouvoir enfin « redescendre ». Certains dorment mieux dans les nuits qui suivent ; d’autres constatent une digestion plus confortable ou une douleur moins envahissante.
Ces évolutions sont parfois immédiates et évidentes, parfois plus progressives. Elles ne surviennent pas chez tout le monde et ne permettent pas d’affirmer que nous avons « rééquilibré » le système nerveux autonome. Elles montrent qu’un soin manuel individualisé peut modifier l’expérience corporelle du patient et, chez certains, faciliter un retour vers davantage de confort et de récupération.
Nous ne pouvons pas toujours agir sur la cause d’une période difficile : travail, deuil, maladie, conflit, charge familiale ou trouble anxieux. Mais lorsque le corps reste douloureux, comprimé ou en vigilance permanente, l’ostéopathie peut lui offrir un espace de soin, de mouvement et de relâchement. Cette contribution peut être modeste ou devenir un véritable point d’appui dans un accompagnement plus large.
Stress, sommeil, digestion et douleur : une approche complémentaire
L’approche du système nerveux autonome ne signifie pas que l’ostéopathie traite à elle seule l’anxiété, l’insomnie, un syndrome digestif ou une douleur chronique. Elle nous aide à prendre en compte les liens entre ces expériences et le fonctionnement corporel, sans enfermer le patient dans une explication unique.
Pour une personne stressée, le travail peut viser les zones qui limitent la respiration et entretiennent l’inconfort. Pour un sommeil perturbé, nous cherchons notamment les douleurs ou tensions qui empêchent de trouver une position confortable. Dans un trouble digestif déjà évalué médicalement, nous pouvons travailler la mobilité du thorax, du diaphragme et des tissus abdominaux. Face à une douleur persistante, nous avançons avec prudence pour ne pas renforcer la peur du mouvement ou l’idée d’un corps fragile.
L’ostéopathie prend alors place aux côtés des autres ressources utiles : activité physique adaptée, rythme de sommeil, respiration, suivi médical, accompagnement psychologique ou prise en charge spécialisée selon les besoins.
Ce que la recherche permet aujourd’hui d’affirmer
Des études ont mesuré, après certaines thérapies manuelles, des changements à court terme de marqueurs associés à l’activité autonome, comme la variabilité du rythme cardiaque, la conductance cutanée ou la fréquence respiratoire. Les résultats sont hétérogènes et ne montrent pas qu’une technique donnée produise de façon fiable un effet sympathique ou parasympathique précis.
Il existe donc une différence entre constater une réponse physiologique ou un apaisement après une séance et démontrer le traitement d’une dysfonction autonome. La recherche ne valide pas aujourd’hui l’idée que l’ostéopathie pourrait diagnostiquer ou corriger globalement un « déséquilibre sympatho-vagal ». Elle laisse cependant ouverte l’étude des réponses neurophysiologiques aux soins manuels et de leur intérêt clinique.
Notre position est de ne pas masquer cette incertitude, tout en décrivant honnêtement ce que nous observons. Le modèle de Nicette Sergueef nourrit notre raisonnement ostéopathique ; l’évolution du patient et les retests déterminent son utilité dans chaque consultation.
Quand un avis médical est nécessaire
Une fatigue intense ou persistante, des malaises, des palpitations nouvelles, une douleur thoracique, un essoufflement inhabituel, une perte de poids inexpliquée, des symptômes neurologiques ou des troubles digestifs importants nécessitent un avis médical. Une souffrance psychologique majeure, des crises d’angoisse répétées ou des idées suicidaires demandent également une aide médicale urgente. L’ostéopathie ne remplace ni le diagnostic ni le traitement de ces situations.
Une méthode disponible à La Maison de l’Ostéopathie
À La Maison de l’Ostéopathie, au Médipôle de Meximieux, cette approche enrichit notre manière d’écouter et de traiter. Elle ne se résume pas à une série de techniques destinées à « activer le vague » ou à imposer la détente. Elle nous invite à comprendre l’adaptation propre à chaque patient, à respecter son rythme et à rechercher le geste qui l’aide réellement.
Notre objectif n’est pas de promettre une remise à zéro du système nerveux. Il est d’offrir une consultation précise, sensible et individualisée, puis d’évaluer ce qui change : respiration, mouvement, douleur, qualité de récupération et perception du corps.





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